Telle est le judicieux sujet débattu, mais bien trop brièvement, mardi dernier sur France-Info lors de son hebdomadaire émission "La faute à l'Europe".

C’est en effet là un véritable sujet sociétal pour l’Europe, pour son peuple mais aussi pour son économie : suite au Brexit, oui, quelle langue utiliser pour sa communication inter-membres ? Cette fondamentale question est enfin reposée par un média audiovisuel et semble donc traduire une préoccupation de Bruxelles.

Esperanto pour l'Europe

Reposée, car pour des causes aux origines bien différentes, cette même question fut traitée voici justement un siècle. En effet, à l'issue de la Grande Guerre, en 1920, la Société des Nations nouvellement créée, notamment pour instaurer les conditions d'une paix durable, eut à résoudre un problème similaire : quelle langue adopter pour, à la fois, échapper aux complications linguistiques qui entravent les rapports internationaux, les relations directes entre les peuples et, surtout, mettre tout orateur de chaque pays sur le pied de la plus complète égalité possible ? Les analyses, réflexions et réunions allèrent bon train. On y évoqua le choix de l'anglais, de l'espagnol, du français ou du latin ; mais un des inconvénients de chacune de ces langues sauta aux yeux de tous : ce serait en effet trop délicat de vouloir établir la suprématie d'une langue nationale sur une autre. C'est donc la langue auxiliaire internationale "espéranto" qui fut proposée. Las, la France voyant là une inacceptable atteinte à la soi-disant supériorité de sa langue s'opposa fermement à cette proposition ; in fine, deux ans plus tard, il fut donc décidé de … ne rien décider et de laisser aux langues leur destin. On sait aujourd'hui ce qu'il en est advenu !

Forts de ce savoir, allons-nous aujourd’hui laisser une telle histoire, si coûteuse et inéquitable, se reproduire alors qu'une solution existe, expressément conçue à cette intention et qui fait ses preuves d'efficience au quotidien ? Contrairement au voeu de 80% des européens, l'Union européenne va t'elle illégitimement et dispendieusement continuer à contraindre 99% de ses ressortissants à parler une langue nationale officielle des 1% restants, ou bien va t'elle démontrer une ambition vertueuse pour tout son peuple, comme pour son économie ? (Il est alors fort probable que d'autres continents lui emboîteront le pas.)

Mardi dernier, ce grave sujet n'a véritablement été qu’à peine soulevé et les solutions suggérées par chacun des trois intervenants n’ont jamais fait écho au multilinguisme, un des grands objectifs de l’UE pour ses citoyens ; au mieux ils ont eux aussi démontré un certain désaccord sur quelle langue choisir et, au pire, ce fut pour certains l’expression de l’absence de la plus élémentaire honnêteté d’esprit. Acte manqué de la part d’un média dont le slogan est "et tout est plus clair  ? On est en droit d’attendre mieux.

Ceci dit, une chance est à nouveau donnée aux représentants de nos diverses familles politiques et aux parlementaires lecteurs de cette tribune pour faire preuve d’à propos et de civisme en portant instamment ce sujet, chainon faible de l’Europe et de son identité, au débat public.

Maurice Juy

Maurice JUY,
vice-président d'Esperanto France -

La fédération de Dordogne-Périgord du Mouvement Radical soutient le groupe esperantiste périgordin pour faire connaître la langue universelle dont l'apprentissage peut être accessible à tous en un an.

Le congrès interassociatif de l'esperanto en France se tiendra cette année dans notre département, du 13 au 16 mai à Trelissac.

Congrès interassociatif de l'esperanto en France